"Quel régal..."
Quel régal de suivre pas à pas le singulier destin d’Auguste Chuto, maire de Guengat sous la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire et les débuts de la Troisième République ! Grâce à un énorme travail de recherche archivistique, son descendant Pierrick Chuto ne s’est pas contenté de ressusciter un notable rural de Basse-Bretagne, ambitieux et haut en couleur. Par son talent d’écriture et une intelligente mise en perspective, il lui a donné chair, l’a resitué dans l’épaisseur de son quotidien, celui de sa famille et de son entourage. Mais ne nous y trompons pas. Si Auguste Chuto en est le héros, l’ouvrage dépasse ce que peut avoir d’anecdotique un parcours individuel et plonge le lecteur dans la vie multiple de Guengat. Un constant va-et-vient entre l’existence au village, les décisions des autorités quimpéroises et les événements nationaux, fait prendre conscience au lecteur que le devenir d’une commune cornouaillaise dépendait certes, en ce milieu du XIXe siècle, de ses acteurs locaux, mais tout autant sinon davantage du bon ou mauvais vouloir de la ville préfecture ainsi que des vicissitudes de la grande Histoire. Tout comme Rome ne s’est pas faite en un jour, l’apprentissage de la vie civique, du fonctionnement démocratique au niveau municipal a, à Guengat comme ailleurs, pris du temps et connu des ratés. Comment s’en étonner ? Faire accéder des paysans majoritairement illettrés et bretonnants aux subtilités d’un système électoral concocté par des fonctionnaires lointains, citadins et francophones n’était pas une mince affaire. D’autant que les caisses publiques étaient dramatiquement vides et que, comme toujours, s’affrontaient localement les ambitions et rivalités de pouvoir entre maire, recteur et propriétaires fonciers. A travers le personnage d’Auguste Chuto, on suit l’ascension d’une nouvelle élite rurale qui, après la Révolution, se substitue dans de nombreuses communes bretonnes à la noblesse qui tenait jusque là le haut du pavé. Symboliquement, le « maître de Guengat » devient propriétaire du manoir des Saint-Alouarn, une illustre et antique lignée. Les Chuto sont pourtant originaires de Haute-Bretagne, mais on sait que loin d’être un handicap, le statut d’ « étranger » francophone était naguère, dans nos campagnes bretonnantes, un incontestable atout. Il existait comme une prime au « horsain ». Mais ne déflorons pas le plaisir du lecteur, laissons-le s’immerger dans les méandres de l’histoire de Guengat, laissons-le découvrir comment ses habitants se sont débattus dans un quotidien difficile, comment malgré deuils familiaux à répétition, aléas climatiques et… fascination pour l’alcool, ils se sont efforcés, entre ferveur religieuse et idées nouvelles, de se construire un avenir, notamment par l’école. La modernité, rien de moins, frappe alors à la porte de Guengat.
Serge DUIGOU
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Passionné par l’Histoire de la Bretagne, Serge Duigou, auteur et conférencier, a publié de nombreux livres, comme l’Australie oubliée de Saint-Alouarn (Ressac. 1989), La révolte des pêcheurs bigoudens sous Louis XIV (Ressac. 2006), ainsi que chez Palantines : Quimper (2006), L’Odet (2007), Manoirs et châteaux du Finistère (2008), et Pont l’Abbé (2009). |
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