"Le maître de GUENGAT" -- Introduction --

Ah ! mes aïeux !


Pierrick CHUTO

Lorsque j’ai participé aux "journées portes ouvertes" du centre généalogique du Finistère en novembre 2004, je ne pensais nullement écrire un livre.

Passionné par la grande Histoire, j’ignorais tout de la petite histoire de mes ancêtres. Mon père, déjà âgé quand j’ai commencé à lui poser des questions sans doute mal formulées, ne m’a légué aucun souvenir sur sa parentèle. J’ignore s’il s’agissait d’un désintérêt ou d’une gêne à évoquer des aïeux dans lesquels il ne se reconnaissait pas.

Il y a trente ans, mon frère a découvert qu’un descendant des Chutaux, pauvres journaliers des environs de Fougères, s’était installé à Quimper sous la Révolution pour ensuite émigrer à Guengat, commune rurale à deux lieues de la capitale cornouaillaise. La légende familiale nous imaginait d’origine portugaise, sans doute à cause du "o" final de notre patronyme. D’aucuns prétendaient qu’un aïeul avait hérité d’un manoir après avoir épousé une noble demoiselle.

Secondé par mon épouse, j’ai commencé à compulser frénétiquement, et sans grande méthode, les registres d’état civil de Quimper et de Guengat. Nous sommes remontés assez facilement jusqu’à la Révolution1. Hormis un boulanger, domicilié rue Sainte-Catherine à Quimper sous le premier Empire, tous ont exercé la profession de cultivateurs. J’imaginais mal qu’ils aient laissé des traces d’une existence vouée au travail de la terre et dépendante des aléas climatiques.

Qu’allais-je trouver d’intéressant ? L’enquête a vraiment débuté lorsque j’ai eu la confirmation que celui qui signait "Chuto maire" était mon arrière-arrière-grand-père, Pierre-Auguste-Marie Chuto, dit Auguste. Cet édile local, paysan aisé, avait laissé obligatoirement quelques écrits, côtoyé d’autres maires, des préfets, participé à la vie de son canton. Un élu suscite des passions, des inimitiés. J’ignorais alors que j’allais découvrir autant d’archives concernant ce petit notable qui fut maire et despote à Guengat de 1846 à 1871. Pendant cinq ans, j’ai mené une quête passionnante à la recherche des traces laissées par ces Chutaux, Chuteau ou encore Chuto2, au bon vouloir de celui, recteur ou secrétaire de mairie, qui rédigeait l’acte.

Aux archives départementales, municipales ou diocésaines, j’ai passé de nombreuses heures à dépouiller des montagnes de documents. Parfois, le résultat fut bien maigre, mais le lundi suivant, je tombais sur une pépite et le découragement n’était plus de mise. Peu à peu, conseillé par un cousin très féru en la matière, j’ai appris à orienter mes recherches dans la jungle des séries d’archives notariales, judiciaires, politiques, militaires et religieuses. J’ai noirci des centaines de pages, pris de nombreuses photos.

Certains documents ont fait ma joie, attisé ma curiosité ou provoqué une gêne3. J’ai dû pour mieux appréhender le 19e siècle, me plonger dans la lecture de nombreux essais sur la Bretagne.

En novembre 2008, j’ai commencé à rédiger ce livre, tout en poursuivant mes recherches. J’ai pris le parti de m’en tenir scrupuleusement aux faits relatés, de ne rien inventer et de faire évoluer mes ancêtres et leur entourage dans leur microcosme. Il était superflu d’imaginer des situations pour ces personnages qui n’ont rien à envier à des héros de roman. Il m’a semblé essentiel d’élargir mes investigations à tous ceux que mes ancêtres côtoyaient régulièrement, les cultivateurs des villages voisins, les domestiques, les journaliers, les cabaretiers, recteurs et instituteurs.

Ce que je décris a pu se dérouler dans d’autres bourgs. Si ce récit intéresse les amateurs d’histoire régionale et les généalogistes curieux, j’en serai heureux. Ce premier livre ne prétend pas être parfait. A l’origine, je pensais qu’un volume serait suffisant pour raconter l’histoire de ma famille jusqu’à 1946, date du décès de mon grand-père.

J’envisage désormais d’écrire un second volume qui racontera la suite de cette saga.

Pierrick CHUTO

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Nota:

1 Depuis ma femme est remontée jusqu’en 1600, grâce aux archives d’Ille-et-Vilaine.

2. Ce patronyme vient du prénom Michel et de son diminutif tendre et affectueux, Michouteau. Par aphérèse (chute du "mi"), il est resté Chouteau qui est devenu Chuteau, Chutaux, et enfin Chuto par la faute d’un scribe paresseux et d’ancêtres illettrés.

3 Une cousine à qui j’ai raconté quelques épisodes m’a dit avoir honte de ses ancêtres.



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