Le problème des enfants abandonnés et déclarés nés de père et mère inconnus date de la nuit des temps. Selon la légende, Romulus et Rémus, jumeaux d’ascendance divine, sont élevés par une louve. En 374 de notre ère, la loi romaine dit que celui qui expose son enfant le paye de sa vie. En France, sous l’Ancien Régime, l’Église, qui adopte une maternelle sollicitude envers les petits êtres délaissés par des parents dénaturés[A], n’hésite pas à recourir aux peines spirituelles les plus graves comme l’excommunication envers ceux qui commettent ou favorisent de tels crimes. Ainsi, après la découverte d’un enfant abandonné dans une paroisse, le plus souvent sous le porche de l’église, le procureur royal ordonne au curé de lancer plusieurs dimanches de suite, du haut de sa chaire, un monitoire[1] pour obliger d’éventuels témoins à parler.

   En 1638, avec l’appui de dames charitables, Vincent de Paul crée un établissement qui accueille les enfants trouvés, considérés par l’opinion comme principaux responsables de la faute de leurs parents, et en premier lieu de celle de la mère. Cette institution organise l’hospitalité pour les bâtards, exonère les seigneurs de leurs devoirs d’assistance, et confie aux religieuses la gestion des hôpitaux et des hospices.

   Sous le règne de Louis XV, le baron Piarron de Chamousset regrette que les dépenses considérables faites au profit des enfants exposés produisent si peu d’avantages pour l’État. Eneffet, la plupart d’entre eux périssent avant d’arriver à un âge où l’on pourrait en tirer quelque utilité[B]. 

   Quand survient la Révolution, la charité jusque là religieuse devient laïque et l’État se préoccupe du droit à l’assistance pour les plus démunis. La mère qui abandonne son nouveau-né est enfin à l’abri de poursuites judiciaires. Les enfants sont pris en charge, mais l’État, en raison de ses finances exsangues, doit se décharger sur les départements et les municipalités de l’aide accordée aux établissements de charité, responsables de la conservation et de l’éducation des enfants trouvés. Cependant, bien vite, au regard d’une mortalité considérable, des crédits sont votés pour venir en aide à ces infortunés qui mettront par la suite leurs bras, leurs talents et leurs vertus au service d’un pays qui leur a procuré le bonheur[C]. En 1797, le Directoire arrête des dispositions propres à faire sécher les larmes de l’indigence, avant qu’un décret impérial de 1811 ne précise le fonctionnement du service, l’obligation de créer un tour[2] dans chaque hospice dépositaire et l’instauration de commissions hospitalières.

   Au cours des recherches effectuées afin d’écrire mes deux premiers ouvrages, je me suis intéressé au sort de ces enfants qui étaient exposés à l’hospice de Quimper avant d’être placés en nourrice dans les campagnes environnantes. Je pensais alors consacrer un simple article à ce sujet pour tenter de répondre aux interrogations de tous ceux qui ressentent une impression de vide quand ils découvrent que la confection de leur arbre généalogique se heurte à un mur infranchissable en raison de l’existence, parmi leurs ancêtres, d’un enfant de personne.

   Cependant, à la lecture plus approfondie des archives hospitalières du Finistère, j’ai été frappé par le nombre d’enfants trouvés exposés à l’hospice de Quimper, situé sur la hauteur de Creac’h-Euzen[3]. Des tonnes de rapports d’inspection, de vieux registres poussiéreux tenus avec plus ou moins de soin par les commis aux entrées de l’hospice, des délibérations du conseil municipal de Quimper, souvent impuissant ou indifférent, m’ont semblé dignes d’être le sujet d’un livre qui, sauf erreur, est le premier sur le sujet, même si de nombreux auteurs ont déjà consacré des ouvrages à d’autres départements.

   Loin d’approuver les propos malveillants de ceux qui prétendent à l’époque que les enfants des hospices puent la misère et le vice au nez des familles respectables qui cherchent à les éviter[D],je relate le plus fidélement possible les parcours parfois chaotiques de nombre de ces garçons et filles, et leurs tentatives d’intégration dans une société qui ne voyait en eux que mauvaises graines corrompues dès l’origine[E].

   Le livre est séparé en quatre parties :

-        L’histoire de l’hospice de Quimper.

-        4 parcours d’enfants trouvés.

-        La liste des enfants trouvés, exposés entre 1841 et 1861.

-        La liste des enfants trouvés, exposés entre 1803 et 1840.

 

   Pour une lecture plus aisée, les notes sont de deux sortes :

Celles qui portent un numéro complètent ou expliquent et se trouvent en bas de page.

Celles qui portent une lettre indiquent les sources (archives, livres, articles) et sont regroupées à la fin de chaque chapitre.



[1] Lettre adressée par l'autorité ecclésiastique aux fidèles, leur enjoignant, sous peine d'excommunication, de dénoncer tous les faits répréhensibles dont ils ont connaissance.

[2] C’est une sorte de boîte pivotante installée dans le mur de l’hospice et dans laquelle une personne dépose anonymement un enfant avant d’actionner une cloche et de s’enfuir au plus vite.

[3] En français : la colline d’Euzen.



[A] Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie du diocèse de Quimper. Année 1923. Article de l’abbé Monfort.

[B] Claude-Humbert Piarron de Chamousset. Mémoire sur la conservation des enfants. 1756.

[C] Rapport du comité de mendicité.

[D] Maurice Garden : Lyon et les Lyonnais au XVIIIe siècle, cité dans La pauvreté en Bretagne, ouvrage collectif sous la direction de J. Y. Carluer.

[E] Id.

 

 

 


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